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[Atlantico] Un dissident : transhumanisme, le cadavre de Dieu bouge encore



Réussir un premier roman avec en toile de fond un enjeu scientifique clé pour l'avenir de notre civilisation, c'est le défi brillamment relevé par François-Régis de Guenyveau. Un très jeune auteur, à suivre. Lire l'article ici


Par Valérie de Menou pour Culture-Tops


LIVRE UN DISSIDENT DE FRANCOIS-REGIS DE GUENYVEAU Ed. ALBIN-MICHEL 332 pages


RECOMMANDATION : EXCELLENT


THEME Jeune garçon des années 80, Christian est surdoué. Il grandit dans une ville de province entre un père fade et une mère qui s’isole en écoutant, en boucle, le Sacre du Printemps de Stravinsky. Une calculette-offerte par son oncle et parrain américain- devient la compagne de vie du jeune prodige et donne cours à d’obsessionnelles équations. Persuadé que son génie scientifique doit lui permettre d’améliorer le monde, Christian va passer de prestigieux concours puis s’exiler aux Etats-Unis pour travailler au sein de la société Trans K, dirigée par son parrain, et spécialisée dans la recherche génétique et le projet d’homme augmenté, homme aux performances décuplées.


POINTS FORTS

- L’auteur réussit à nous glisser dans une histoire romanesque tout en nous engageant dans une réflexion scientifique et philosophique sur la question fondamentale de la manipulation génétique et du sens de l’humanité.

- Les recherches décrites existent déjà et l’auteur ne prend pas parti. Il nous invite habilement à en prendre conscience et à se préparer à cette évolution inéluctable. La provocation s’installe tout en douceur.

- La fin, ou plutôt la chute -glaçante- nous conduit à nous interroger sur le désir de puissance, bien au-delà de la lecture.

- Les personnages sont finement décrits. Christian nous évoque un héros à la Houellebecq, totalement seul et se sentant parfois misérable en dépit de son intelligence fulgurante. L’oncle est un personnage à la fois séduisant et mystérieux, une sorte de Commandeur ou de Faust des temps modernes. Les autres acteurs du roman ne sont jamais là par hasard.


POINTS FAIBLES

Les question du transhumanisme ne sert que de toile de fond au roman et à l’interpellation morale et éthique. Les amateurs de science-fiction ou d’anticipation seront déçus.


EN DEUX MOTS

Créer un homme augmenté dont les gènes seraient trafiqués pour le rendre plus performant physiquement ou intellectuellement, repousser les limites de la mortalité, réserver cela à une certaine élite… cela contribue-t-il à améliorer le monde ? Dans ce monde qui va de plus en plus vite et de plus en plus loin, faut-il avoir peur ? « L’homme augmenté, est-ce que c’est toujours un… homme ? » page 233. La trajectoire de vie du héros, qui semblait toute tracée va dévier au regard de ces questions et de son infinie solitude liée aux recherches qu’il mène. Il va comprendre que la science n’est pas tout et qu’elle doit aussi laisser place au mystère et à la croyance d’une force qui nous échappe. A ce titre, l’évocation des travaux de Pierre Teilhard de Chardin nous ramène au sens profond de la vie et de la spiritualité en nous rappelant que « l’humanité se rassemble pour rejoindre Dieu ». Une invitation à garder à l’esprit à l’heure où l’homme a les moyens technologiques de jouer aux apprentis sorciers à d’autres fins que la recherche thérapeutique. Un excellent premier roman et un jeune auteur très prometteur.


UN EXTRAIT

« Mais supposons que la technologie prenne le pas sur la nature : doit-on alors s’émouvoir particulièrement de la fin de l’homme si c’est au prix d’une vie meilleure et plus durable ? » page 177


L’AUTEUR

François-Régis de Guenyveau a tout juste 28 ans. Il est diplômé d’une école de commerce et a travaillé dans le conseil en stratégie et le marketing digital. Passionné de littérature, « Un dissident » est son premier roman, très remarqué et déjà couronné par le Premier prix Méo-Camuzet. Il a également écrit et monté une comédie musicale aux Folies Bergères.

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